Lexique : “What’s the hell!”, expression couramment utilisée devant une situation déconcertante, voire déplaisante…
Avertissement : ne pas confondre Copacabana (Brésil) et Copacabana (Bolivie)…
Copacabana, Bolivia
Martes, 25 de Noviembre, 16h et des poussières
Je suis fatiguée, j’ai faim et la seule chose que j’ai en tête en ce moment est de trouver une solution pour m’échapper de cette ville qui me retient en otage…
42 heures plus tôt, Domingo 23 de Noviembre, 10:00pm
Terminal d’Arequipa. Me voilà sur le point de quitter cette ville dans laquelle j’ai passé une excellente semaine et fait de très chouettes rencontres. J’ai le vague à l’âme quand le bus s’ébranle au démarrage et s’éloigne doucement pour Puno. Là-bas je dois attraper un autre bus dans la nuit qui m’emmènera jusqu’à Copacabana en Bolivie. J’ai pour projet d’y visiter la Isla del Sol (une des plus chouettes du lac Titicaca à ce qu’il parait) puis de rejoindre la Paz et de revenir à Puno en passant par un site que José m’a longuement recommandé durant notre conversation Nazcaïenne, Tiwanaku.
Après 6 heures de trajet et toujours un peu mélancolique, j’arrive à Puno. Il est 4 heures du matin, il fait nuit et il fait très froid. Heureusement, à la descente du bus j’entends parler français, trois personnes d’une quarantaine d’années qui se rendent également jusqu’à Copacabana cette nuit. Il nous faut attendre 3 heures et demie dans ce terminal endormi et venteux jusqu’au départ du prochain bus et il me semble plus rassurant d’attendre avec eux… je déchanterai assez rapidement quant au plaisir suscité par leur compagnie. Il se trouve que je viens de tomber sur les trois personnes les plus grossières et antipathiques qu’il m’ait été donné de rencontrer depuis le début de mon périple… Décidément ce n’est pas mon jour de chance !
L’un d’eux passe son temps à fulminer et à insulter les gens, du coup ses deux acolytes bien qu’essayant de le tempérer un peu, ne me paraissent guère plus sympathiques. La bonne vieille caricature du touriste français… bref.
Pour se rendre à Copacabana, frontière oblige, il nous faut passer par les habituelles paperasseries de douane avec changement de devise et tampons sur le passeport (visa de sortie du Pérou, visa d’entrée en Bolivie). Oui, sauf que, Oups ! j’ai laissé ma déclaration de douane à Urubamba, soigneusement rangée avec mes billets d’avion pour mon retour en France.
C’est une chance que l’Amérique du Sud soit corrompue jusqu’à la moëlle et qu’avec quelques billets on puisse en faire apparaitre un nouveau
Après un joyeux petit labyrinthe bureaucratique digne d’Astérix :
- Si vous n’avez pas votre déclaration, il vous faut passer d’abord par le bureau nº2.
- Impossible de payer en Bolivianos ici, vous êtes encore au Pérou, allez changer vos devises si vous souhaitez obtenir ume nouvelle déclaration.
- Voici votre nouvelle déclaration, il vous faut maintenant retourner au bureau nº1 pour la faire tamponner.
- Votre déclaration est tamponnée, veuillez vous rendre au bureau nº2 pour leur donner.
…j’obtiens enfin le droit de parcourir les cent derniers mètres qui me séparent encore de la frontière bolivienne à pieds pour me rendre dans le 3ème et dernier bureau afin de recevoir mon visa d’entrée en Bolivie…
Si j’avais su ce qui m’y attendait, je crois que j’aurais choisi de faire demi-tour à ce moment-là…
29 heures plus tôt, Lunes 24 de Noviembre, 11:00am
J’arrive à Copacabana. Je n’ai pas de préférence concernant l’hôtel et je suis un peu fatiguée du coup je profite du taxi des français et les suis jusqu’au leur. A peine installés, ils partent déjà faire la visite de la Isla del Sol pour l’après-midi. Pour ma part, je n’ai pas tellement envie de rester plus longtemps avec eux et je préfère consacrer un journée entière à ma visite de l’île, du coup leur départ précipité m’arrange bien.
J’en profite pour partir à la découverte de la ville qui m’apparait tout à coup beaucoup plus touristique que ce que je m’imaginais et sans aucun attrait. Je traine un peu histoire de faire passer le temps, entamant ma prospection des agences pour aller visiter la Isla del Sol puis fais un rapide détour par internet oú j’ai la surprise d’apprendre qu’ici l’heure coûte 5 fois plus cher qu’au Pérou (10 bolivianos contre 1 sol pour le Pérou…) ! Vu le peu de bols qu’il me reste, je me mets à la recherche d’un distributeur…
Et là c’est le drame.
Après avoir parcouru la ville en long, en large et en travers pendant plus d’une heure et questionné les habitants qui se révèlent bien moins accueilllants que les péruviens, je dois me rendre à l’évidence, cette ville ne compte aucun ATM, les deux seules banques de la ville sont fermées le lundi et les deux ATM les plus proches se situent à Puno et La Paz (à 3 heures de bus respectivement de Copacabana…).
Bien bien bien, il ne me reste que quelques bols qui ne me suffiront pas pour acheter quoi que ce soit, je n’ai grignoté que quelques gâteaux depuis mon départ d’Arequipa la veille au soir et mon estomac s’est brusquement réveillé pendant ma traque d’un de ces foutus ATM… Ne pouvant rien faire d’autre pour le moment et le moral dans les chaussettes, je rentre à l’hôtel. La soirée s’annonce longue…
9 heures plus tôt, Martes 25 de Noviembre, 7:00am
A mon réveil, j’ai l’impression d’être encore plus fatiguée que la veille, j’ai mal dormi et suis réveillée par une nouvelle crise d’un de mes abrutis de voisins français… En plus c’est pas de bol (c’est le cas de le dire), l’orage gronde et il pleut des cordes… le seul avantage que j’y trouve est que ça décide les Bidochons à quitter la ville !
Après avoir tenté presque vainement d’estorquer quelques derniers renseignements aux copacabaniens hier soir à propos des horaires des banques, il semble qu’au moins l’une d’entre elles ouvre aujourd’hui à 8h00 et je veux y être avant même l’ouverture des portes afin de grignoter un petit quelque chose avant d’acheter mon ticket pour l’île.
Mais là nouvelle déception, les deux banques sont toujours fermées… Après un nouvel interrogatoire des habitants, j’obtiens une fois de plus 1001 informations contradictoires. Bon sang mais personne ne semble jamais rien savoir dans cette ville, c’est à croire qu’ils jouent les ignorants juste pour t’em#*!¿#. Le peu d’informations fiables qui en ressort est que l’une n’ouvrira que cet après-midi et l’autre a été braquée il y a quelques jours et n’ouvrira pas de la semaine… A ce moment-là, mon ventre commençant à tempêter, j’hésite entre le découragement et la colère.
C’est le monde à l’envers, j’ai de l’argent mais comme je ne peux pas le retirer, je ne peux rien faire !
Dans la matinée, je me rends dans ce qui ressemble à une office du tourisme oú j’apprends l’existence d’une troisième banque mais qui est également fermée le mardi et qui n’ouvrira que demain à 9h00 – ce qui m’empêchera de nouveau de partir sur l’île vu que les départs sont à 8h30 -.
A 15h00, je décide de tenter ma chance dans la première banque qui, oh miracle, est ouverte… mais là, la malchance continue, ma carte n’est pas une carte de “crédit” au sens américain du terme et ils ne peuvent donc pas me donner d’argent… et la seule chose qu’on continue de me répéter inlassablement – comme si cela devait me rassurer – est que je peux trouver un ATM à La Paz… ils sont idiots ou ils veulent juste me rendre chèvre dans cette ville ?! Je m’en prends au guichetier à qui je tente d’expliquer comme à tous les autres que si je n’ai pas mangé depuis deux jours faute d’argent, je vois difficilement comment je peux me rendre en bus jusqu’à La Paz pour en retirer… Non décidément, ils sont stupides…
16h et des poussières
De retour dans ma chambre d’hôtel, je craque. Je regarde autour de moi, je suis de nouveau dans une chambre d’hôtel sordide dont les draps doivent être lavés au moins une fois par mois, il y a des mégots sur la moquette, la salle de bain dégage une odeur nauséabonde, j’en ai marre d’être seule, je n’ai pas d’argent, je meurs de faim et je ne sais plus comment me sortir de ce traquenard… Il me faut trouver une solution et vite.
La première consite à passer une nuit de plus ici sans manger en espérant que la troisième et dernière banque me permette de retirer de l’argent mais cela semble très compromis vu qu’elle utilise le même système que la seconde… La deuxième m’oblige à quitter l’hôtel en pleine nuit pour ne pas payer ce que je leur dois et me rendre à pieds ou en stop jusqu’à Puno, le problème est que l’hôtel détient mon numéro de passeport et pour me rendre à Puno je dois passer par la frontière qui n’ouvre qu’à 9h00, cela semble compromis également et bien risqué… La troisième et dernière solution est de prier pour rencontrer des français qui accepteront de me donner du liquide en échange d’un virement internet.
J’opte pour la troisième et m’installe sur le trottoir de la rue principale, tendant l’oreille à l’affût de la première conversation française qui passera. Il est drôle dans ces moments-là de prendre conscience du nombre de gens qui se promenant ensemble n’ouvrent pas une seule fois la bouche pour échanger quelques mots… Après un peu plus d’une heure, les premiers mots de français se font entendre, c’est un jeune couple. Mon visage s’illumine et je les accoste maladroitement, tout à coup un peu gênée par ma requête. Je leur explique ma situation mais malheureusement ils n’ont pas pu retirer non plus et il ne leur reste que les quelques bols nécessaires pour rejoindre leur prochaine destination. Désolés pour moi, ils insistent pour me donner un billet de 10 bols afin que je m’achète au moins de quoi grignoter ce soir. Cela ne me met pas franchement à l’aise mais j’apprécie le geste ainsi que leurs conseils, il leur est arrivé la même chose dans la jungle et me conseille d’aller dans les restos et les hôtels pour demander d’échanger une somme en liquide contre un paiement par carte.
Une nouvelle solution à laquelle je n’avais pas pensé ! Je sais déjà, pour avoir essayé le premier soir, que les restos qui affichent le sigle mastercard ne possèdent que le sigle et pas la machine (ne me demandez pas pourquoi)… mais je me lance à la recherche d’un hôtel qui accepte les CB. Une fois de plus, je déchante très vite car dans la ville il n’y a que deux établissements qui prennent les CB et les deux sont dans l’impossibilité de me donner du liquide… Dans le deuxième, le réceptionniste essaie toutefois de me venir en aide, il passe quelques coups de fil dans des centrales bancaires pour tenter de comprendre pourquoi ma carte a été refusée à la banque. Apparemment cela vient de la puce qui se trouve sur ma carte et qui nécessite un autre type de machine… Il me faut donc de nouveau attendre jusqu’à demain pour appeler ma banque et leur demander d’activer la bande magnétique de ma carte bleue.
J’avance, j’avance, sauf que là, moi j’en peux plus, j’en ai par dessus la tête d’errer dans cette ville que je hais par dessus tout et de me heurter sans cesse à ces habitants antipathiques au possible. Tout ce que je veux, c’est quitter ce pays et retourner au Pérou.
Je me rends dans un hôtel oú loge un groupe de cinq français rencontrés un peu plus tôt et qui devaient tenter de retirer de l’argent cet après-midi, c’est en quelque sorte ma dernière chance.
Le miracle se réalise enfin qund je vois un Vincent tout souriant et qui a pu retirer de l’argent m’ouvrir la porte. Il me donne 300 bols en échange d’un virement bancaire par internet. Quel soulagement ! Avec tout cet argent, je vais pouvoir manger, payer mon hôtel, me rendre dès demain sur la Isla del Sol et surtout QUITTER LA BOLIVIE et retourner à Puno
Du coup, nous allons manger tous ensemble au resto et même si la bouffe n’est pas franchement réussie, j’engloutis sans broncher et sans mot dire mon entrée, ma soupe, mon plat et mon dessert, j’en redemanderais presque !
Ce soir, après plus de 46 heures sans manger, je dors enfin sur mes deux oreilles et le ventre plein.
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